La deuxième journée du mouvement planétaire Stand up for science a vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans le monde entier. Dans le cortège parisien, qui comptait plus de 900 personnes selon la préfecture de police de Paris, les coupes budgétaires dans la recherche faites par le gouvernement français inquiètent plus que Donald Trump.

« Du fric pour la recherche publique, du blé pour l’université ! » Comme pour la première édition le 7 mars dernier, le soleil était au rendez-vous pour la deuxième journée de mobilisation de Stand up for science (ou Debout pour la science), ce jeudi 3 avril. Un mouvement mondial de solidarité pour s’opposer aux attaques contre la science, initié en réponse aux assauts de l’administration Trump contre la liberté académique aux Etats-Unis.
Les coupes budgétaires dans toutes les têtes
Devant le campus de Jussieu de l’université de La Sorbonne, un cortège d’environ 900 personnes selon la préfecture de police s’est réuni dès 10 heures avant de se diriger vers la place du Châtelet. D’autres événements ont eu lieu dans toute la France, sans recensement total du nombre de participants. On y retrouvait principalement des scientifiques et des étudiants venus de toutes les universités. « Bien sûr, nous sommes là en soutien aux scientifiques américains qui subissent un assaut inouï, atteste Bruno Andreotti, physicien à l’université Paris cité. Mais si nous défilons dans les rues aujourd’hui, c’est aussi pour s’opposer à l’attaque austéritaire qui est en train de se dérouler en France. »
Le budget de l’Etat pour l’année 2025 a été très dur avec l’enseignement supérieur et la recherche. Le texte final a acté une baisse d’1 milliard d’euros de subventions par rapport à l’année 2024, pour un montant total de 31,3 milliards d’euros. Alors face à ces coupes de crédit brutales, les universités ont dû recourir à un endettement massif et à des baisses de financements.
La science contrainte d’inventer des moyens
Dans le cortège, les scientifiques discutent davantage des difficultés à financer leurs projets de recherche que de la situation aux Etats-Unis. « Récemment, ça s’est vraiment détériorée », témoigne Anne Hugon. Cette professeure d’histoire contemporaine spécialiste du continent africain à l’université Paris I tient fermement sa pancarte « On coule nos universités », derrière laquelle elle raconte plus de 20 ans de mobilisation contre les coupes budgétaires. « Je suis dans un laboratoire où on doit aller en Afrique, nous ne coûtons pas très chers par rapport à d’autres domaines de recherche mais c’est déjà très compliqué d’obtenir des crédits. À un moment donné, on ne pourra tout simplement plus travailler. Nous ne pourrons plus aller sur nos lieux d’étude. »

Pour protester, certains chercheurs ont même choisi de se mettre au chômage technique, estimant que la perte de moyens les empêchait d’effectuer convenablement leur travail. C’est le cas de l’Ecole de science politique de la Sorbonne, qui le 17 mars a annoncé une semaine d’arrêt de ses activités après une décision du rectorat qui a supprimé 50 % de leur budget recherche. « Le système français comporte de grandes fragilités. Nous voulons éviter que les germes de l’infection anti-science qui est en train de se développer aux Etats-Unis n’arrivent jusqu’à nous », souligne Bruno Andreotti.
Lire aussi : L’administration Trump fait disparaître des connaissances sur le climat
Des étudiants inquiets pour leur avenir
A mi-chemin, un cortège d’étudiants rejoint la manifestation au niveau du Pont Sully. Un groupe tient à la manière d’un cercueil une maquette de voiture Tesla noire construite en carton, avec comme plaque d’immatriculation « Fuk-Msk », comprendre « Fuck Musk », « Je t’emmerde Elon Musk ». « C’est l’homme le plus riche du monde, qui soutient Donald Trump et qui porte ce discours anti-science, explique Emma* (nom modifié), étudiante en lettres à Nanterre. Il fallait bien qu’on lui rende hommage. »

Au même moment, plusieurs pétards, des feux d’artifices et des fumigènes sont déclenchés, ce qui colore le ciel et le pont. Pas de quoi perturber les très nombreuses forces de l’ordre qui encadrent la manifestation, venus avec des pistolets LBD et au moins 10 véhicules. « On est 150, c’est beaucoup trop », rigolent-ils entre eux quand on tend l’oreille.
Parmi les étudiants, on célèbre le moment mais on redoute aussi le futur. « Trump et la perte de moyens pour la recherche, ce sont deux menaces qui me font autant peur, mais de manière différente, confie Simon Beugnot, étudiant en L2 de biologie à la Sorbonne. Forcément, on se projette. On voudrait faire de la recherche autour de l’écologie, mais on voit tous ces obstacles qui arrivent, c’est intimidant. C’est pour ça qu’on est là et qu’on se mobilise. » Le mouvement Stand up for science devrait se poursuivre, même si les dates des prochains événements n’ont pas encore été communiquées.